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Chapitre 11. Travail et propagande

Chapitre 11. Travail Et Propagande

t puis, il y a la question du travail et de la propagande. Les pauvres, je veux dire les masses, ont aussi leurs soucis. La question du travail est une question très épineuse ; elle est aussi sans issue. Quand un être humain sans ressources vit dans un pays par le consentement même du Gouvernement, il faut qu’il puisse y travailler pour gagner sa vie, ou bien il faut qu’on l’envoie dans le pays d’où il est venu. Ne faisant ni l’un ni l’autre, on risque de déformer le caractère moral de ces immigrés, car la faim est mauvaise conseillère. En tout cas, ils deviennent, même sans le vouloir, d’habiles propagandistes contre la France.

Chapitre 10. Portes d’airain

Chapitre10.PortesDAirain

Ils ne pouvaient pas livrer à la justice une affaire qui vous pouvait froisser, vous, Monsieur Boyer, mais aussi les deux préfectures de Paris, ou les médecins psychiatres qui avaient organisé un véritable abattoir. On ne m’a pas laissé non plus aborder la presse ; le mensonge y entre avec le fracas de ses chars, mais quand c’est la pauvre vérité qui arrive, les portes d’airain se referment devant elle hermétiquement. 

Chapitre 9. Manie de persécution

Chapitre9.Maniedepersecution

« Ce qu’il y a de poignant, c’est le fou persécuté, écrit M. Albert Londres. Sa folie ne lui laisse pas de répit. Elle le tenaille, le poursuit, le torture. La nuit on le guette, on l’espionne, on l’insulte. « On » ou « ils » sont ses ennemis ! Ils sont dans le plafond, dans le mur, dans le plancher. » 

Il existe en effet une maladie qui s’appelle « manie de persécution ».

Chapitre 8. Silence et propagande

Chapitre8.SilenceEtPropagande

n tout cas, cette anecdote et bien d’autres encore, montrent clairement qu’un intellectuel étranger qui n’a que le mérite personnel, ne peut trouver tout au plus qu’un travail noir pour un morceau de pain. J’ai appris, des années plus tard, que M. Julien Cain avait été nommé directeur de la Bibliothèque nationale. (…)
Je sais que c’est choquant ce que je viens de raconter, mais toute mon histoire est choquante, d’un bout à l’autre tout n’est que silence et propagande. 

Chapitre 7. Répétiteur de turc

Chapitre7.Répétiteurdeturc

Le sort m’avait jeté à l’École des Langues orientales comme répétiteur de turc, et pendant les longues années que j’y ai passées, j’ai pu constater à quel point les circonstances du monde extérieur pouvaient avoir leur répercussion dans cette institution. Le professeur titulaire de turc, M. Jean Deny, était souvent absent. Pendant la guerre, il était mobilisé, et après quelques années de son retour, il était reparti en Égypte, en mission. J’avais pensé tout d’abord qu’on n’avait pas besoin de remplacer absolument M. Deny, étant donné que je faisais aussi le travail du professeur. Mais j’ai appris vite qu’on ne pouvait pas se passer de cette formalité.

Chapitre 6. Ministère de la Guerre

Ministère de la Guerre

Pendant la guerre, j’ai rendu au gouvernement français des services qui ne furent récompensés ni matériellement, ni moralement. Je parle de ces travaux de censure que j’ai accomplis en dehors de mes fonctions ordinaires. Ces traductions n’étaient pas payées. J’y consacrais mes soirées, chez moi, puis je portais à l’école les documents que j’avais examinés. En général, il y avait des remarques à faire et peu d’écrits nécessitaient une traduction entière, mais il fallait examiner avec grande attention l’ensemble, parfois volumineux, de ces lettres et témoignages, en arménien ou en turc, de différents pays, représentant différentes psychologies, souvent difficiles à déchiffrer, qui me prenaient beaucoup de temps et d’énergie pour  n’y mêler aucun sentiment. 

Chapitre 5. Abus de Pouvoir

Chapitre5.AbusdePouvoir

Pour la question du payement, il était sous-entendu que je recevrais ce que recevaient mes autres confrères, puisque c’était un poste de l’État que j’obtenais. Je n’ai jamais consenti à accepter d’autres conditions, d’ailleurs on ne m’en a jamais proposées. Mais vous, Monsieur Boyer, en diplomate raffiné à frustrer les gens du prix de leur travail, avez trouvé le moyen de retenir vingt-huit mois de mes appointements, dans l’espace de seize années scolaires de mes fonctions. Vous avez recouru pour cela à des procédés et à des abus du pouvoir qui ne peuvent pas être justifiés aux yeux de la loi et qui méritent d’être réparés.

Chapitre 4. Réforme de l’École des Langues orientales

Chapitre4. Réforme de l'école des Langues orientales

En ce 8 janvier 1911, c’est la réforme de l’École des Langues orientales que vous allez défendre. À M. le Ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts, vous écrivez une démonstration implacable au sujet des chaires magistrales, dont la chaire d’arménien, vacante depuis le 16 janvier 1906, du fait de la démission de M. Antoine Meillet. Une situation « non pas anormale mais quelque peu insolite » dites-vous, expliquant que « si cette situation même n’avait son explication dans un vœu unanimement émis, sur la proposition de mon éminent prédécesseur, M. Barbier de Meynard par le Conseil de perfectionnement de l’école, en sa séance du 9 février 1906, vœu dont la teneur suit : Que la chaire de langue arménienne soit transformée en cours complémentaire. » 

Chapitre 2. Paul Boyer

Chapitre2. Paul Boyer

“C’est à la suite d’une demande que je vous ai adressée, que je suis entré comme répétiteur à l’École des Langues orientales au début de la Grande Guerre. D’autres candidats s’étaient présentés, mais M. Clément Huart, plus tard membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui connaissait profondément la langue turque, après avoir examiné tous ces candidats, c’est moi qu’il a choisi parmi eux. “

Chapitre 1. Monsieur Portalier

Chapitre 1. Monsieur Portalier

M. Portalier était un professeur de mathématiques du lycée Henri IV, qui habitait un étage au-dessous de ma chambre, sur le même escalier. J’avais eu très peu d’occasions d’échanger quelques mots avec lui. Cette simple question qu’il me posa, ne pouvait éveiller aucun soupçon dans l’esprit de n’importe qui que ce soit, mais comme depuis quelques temps on m’ennuyait de toute façon, je crus voir un rapport entre cette rencontre et la négligence du boulanger, d’autant plus que le proviseur du lycée Henri IV où enseignait M. Portalier, était M. Dan, l’un de vos amis, Monsieur Boyer.